La petite histoire d’un mauvais chapitre

J’ai beaucoup pensé avant d’écrire cet article. Tout d’abord, parce que c’est un sujet très personnel, mais aussi parce que ça ne fait pas tant d’années que le tout s’est passé et que certaines personnes pourront probablement s’y reconnaître. Après réflexions, j’ai décidé de parler de mon expérience, parce que je sais que beaucoup plus de jeunes le vivent que  l’on s’imagine. Bien que depuis un certain moment l’intimidation – c’est le sujet dont je vais vous parler – n’est plus un tabou, il nous reste beaucoup de chemin à faire. Le premier pas, c’est de partager nos expériences. C’est pourquoi j’ai décidé de vous partager la mienne.

J’aimerais d’abord souligner que bien que ce passage m’ait fortement marqué et que je ne l’oublierai probablement jamais, je n’ai plus de rancune et je ne me sens plus vulnérable comme je l’ai été. Au contraire, je me sens forte et surtout, fière d’avoir passé au travers de tout cela et d’en ressortir la tête haute. Je vous partage mon histoire, parce que j’espère trouver en vous des semblables, ou du moins, de la compréhension. J’espère que peut-être, certaines personnes qui ont été ou sont intimidateurs comprendront et peut-être, arrêteront. C’est probablement trop en demander, trop espérer, mais j’en rêve quand même.

Mon histoire à moi, elle commence comme plusieurs ont probablement commencée.  Lorsque j’étais au primaire, ma famille a déménagée. Autrement dit, j’ai changé d’école et ce changement m’a offert l’opportunité de m’inscrire en anglais enrichi – c’est un programme dans lequel tu fais 50% de ton année en anglais. J’étais très fière de prendre part à cette classe – un peu élitiste – qui me permettrait de développer mes compétences en anglais. À ce moment-là, je ne savais pas que j’en serais passionnée. J’avais hâte et j’avais envie. J’avais eu une belle enfance dans mon ancienne école, mais là, j’allais réaliser un rêve. Le déménagement s’est fait en douceur. Je me suis rapidement fait des amis étant donné que je suis plutôt extravertie. Tout allait bien, tout semblait être parfait. J’avais mes meilleures amies et nous avions beaucoup de points en commun. Malgré tout, du jour au lendemain, une personne en qui j’avais trouvé une amie proche et qui m’avait fait découvrir de nouveaux centre d’intérêts n’était plus mon amie. J’interromps ici ma narration pour vous dire à quel point cette histoire me semble enfantine avec mes yeux d’adultes aujourd’hui. Pourtant, ce moment fût le début d’une longue bousculade où tous mes repères furent chamboulés. Donc, comme je disais, tout d’un coup je n’avais plus d’amies. Parce que oui, tous ceux que je croyais m’appréciaient suivirent le mouvement qu’engendra cette personne et ainsi, m’isolèrent. On m’avait puni, mais je ne savais pas pourquoi ni comment. Je savais simplement que d’un moment à l’autre, j’étais devenu un être indésirable. On m’avait mise en quarantaine, mais le tout dura plus longtemps que 40 jours. J’étais infectée, mais de quoi, on ne me l’a jamais dite (et je ne veux pas savoir). J’imagine qu’on ne voulait pas attraper la haine des autres qui s’abattait sur moi. Peut-être qu’être vue avec moi était synonyme d’être moi, de vivre la même chose que moi? Il est difficile de se battre contre ça.

J’ai dit plus haut que ce fût une bousculade et avec raison. On a pris ce qui pour un enfant est le plus important, l’amitié et les relations humaines positives, et on l’a remplacé par la moue méprisante de mes confrères et consœurs, par les mots haineux de ceux que je croyais mes amies et par un désir de disparaître de ma part. Je ne savais plus ou me mettre. Je n’osais même plus me moucher dans ma classe de peur qu’on me remarque. Je voulais disparaître. Je n’arrivais plus à dormir, je n’arrivais plus à étudier. D’ailleurs, je pense que c’est ce qu’on m’a temporairement enlevé qui m’a le plus fait mal : mon amour de l’école. Je n’avais plus envie d’y aller et ça, ce n’était pas normal pour moi, l’amoureuse de l’école. J’avais peur de tout et de tous. Je me sentais seule et j’étais seule. Tout le monde s’est déjà senti seul, mais c’est encore pire quand ce sont les autres qui t’isolent et que tu n’as pas les ressources ou la force d’y changer quelque chose. Ainsi fût mon année, isolée.

Malgré tout, je n’ai cessé d’essayer, de tenter de lier de nouvelles amitiés. Ce ne fût que lors de mon échange à Vancouver que j’ai pu retrouver un semblant de bien-être amical. Ce fût de courte durée, mais les étudiants avec qui nous avons partagé l’expérience furent accueillants et m’acceptèrent rapidement dans leur groupe. Je dois avouer que ma situation a fait en sorte que je ne pouvais m’échapper et parler en français, donc mon anglais s’est beaucoup amélioré.

Je vais m’arrêter là, car le principal fût dit. Ni plus, ni moins n’est requis pour partager mon expérience en ce qui attrait à la narration. Par contre, ce que je veux vraiment vous raconter, c’est comment il est possible de s’en sortir. Parce que quand c’est en train de se passer et que tu es l’isolée, tu ne vois pas de solutions. Ma porte de sortie, je l’ai trouvée en moi. J’ai dû chercher et creuser au fond de moi pour trouver la force d’affronter cette situation, mais je l’ai fait. Si j’ai réussi, c’est grâce à une personne en particulier. Une personne qui chaque jour me donnait du courage et qui a probablement vécu le tout avec moi, avec amour et compréhension, avec solidarité et espoir. Ma mère. Ma mère a été ma bouée de sauvetage dans ses eaux houleuses de ma sixième année de primaire. Elle m’a épaulé, m’a protégé et m’a montré la force que j’avais en moi. Elle m’a donné la confiance, l’amour et les ressources pour me lever la tête. Ainsi, j’ai pu en ressortir grandi, et non pas détruite. Bien que je ne souhaite revivre ce moment, il a tout de même sculpté qui je suis aujourd’hui. Il a ouvert le chemin pour que je trouve la force de foncer et de continuer même quand je ne sais si je peux y arriver, même quand tout semble perdu et noir. Ma mère, elle a fait en sorte que maintenant, je sais comment me relever. Je ne pourrai jamais la remercier assez d’avoir été présente pour moi, et de toujours l’être encore aujourd’hui.

Bref, être intimidée, ça arrive a beaucoup de monde, et personne n’est à l’abri. Par contre, ne pas être intimidateur est un choix que nous avons et que nous pouvons faire. Un choix que nous devrions tous faire. Simplement parce que ce n’est pas un bout de bois que tu intimides, c’est un humain, un semblable, quelqu’un qui a le droit de s’épanouir et surtout, quelqu’un à qui tu ne peux enlever ce droit. Bien sûre, ce n’est pas tout le monde qui comprend, ce n’est pas tout le monde qui osera dire non à l’intimidation. La preuve, des millions de personnes la subissent encore, mais si je peux ouvrir les yeux à l’un de ces intimidateurs, j’ai réussi.

Pour terminer, j’aimerais dire à tous ceux qui se sentent isolés, à tous ceux qui ne voient pas le bout du chemin, qu’au bout de ce chemin il y a l’espoir, l’amour, la liberté et surtout, la paix. Et qu’au fond de nous il y a la force, il y a un désir si fort d’y arriver qu’il ne suffit que de le réveiller et ainsi, il vous sera plus facile de passer ce chemin ardu. L’épreuve sera dure, s’en remettre est quelques fois long, mais quand c’est fait, quand vous aurez réussi, vous aurez le meilleur des prix : la confiance en vous-même et la conscience qu’une force insatiable réside en vous.

J’espère ne pas vous avoir ennuyé, car ce texte, cet article est pour moi une façon de clore définitivement ce chapitre de ma vie. Maintenant, je suis libre, forte, confiante et personne ne m’arrêtera, car je connais maintenant cette force qui est en moi, qui est en nous tous.

Je me pose toutefois une dernière question : quelle est ton histoire?

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3 réflexions sur “La petite histoire d’un mauvais chapitre

  1. AG dit :

    C’est un beau texte rempli d’espoir pour les victimes d’intimidation. Chercher la force en soi pour surmonter les défis qui se présentent à nous est vraiment une leçon de vie, et je parle d’expérience aussi. Continue ton blogue Caro!

  2. Stéphanie Deschênes dit :

    Ma belle Carolane (avec un C et un N), j’ai eu la chance de faire un stage de quelques mois dans cette fameuse 6e année et c’est vrai que c’était tout un groupe et que la dynamique était parfois assez spéciale merci. Tu étais déjà une personne charmante et débrouillarde à l’époque et je suis contente de voir que c’est toujours le cas aujourd’hui. Tu es inspirante ma belle. Bonne chance dans tes projets !

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